LE MARDI A MONOPRIX d’Emmanuel Darley

Tous les mardis, Marie-Pierre et son père ont pris l’habitude de passer la journée ensemble. lls parlent, de tout et de rien, font les courses pour la semaine au Monoprix. On connaît bien ce couple mal assorti dans les rayons de ce magasin de quartier. Mais on ne peut s’empêcher de les scruter, de dévisager cette grande et belle femme trop voyante, trop maquillée. Une grande femme qui, avant de se faire appeler Marie-Pierre, portait le prénom de Jean-Pierre. C’est en voyant un tel couple dans un supermarché qu’Emmanuel Darley a eu l’idée d’écrire l’histoire de cet homme devenu femme. L’auteur a ainsi imaginé ce que l’on se dit dans de telles circonstances et ce que l’on préfère taire. Ce que l’on parvient à accepter et ce qui reste une blessure, ce qui perdure d’avant et ce qui s’affirme dans le présent…

Depuis quelque temps, chaque mardi, Marie-Pierre s’occupe de son père. Elle passe la journée avec lui. Elle lui fait son ménage, son repassage. Ils causent un peu, de tout, de rien. D’aujourd’hui et puis d’hier. D’avant. De Chantal, la mère, qui désormais n’est plus. De Jean-Pierre aussi. Ils causent et puis ils sortent. Ils font la promenade habituelle. La rue droite, la place de la Mairie et puis le chemin le long du canal. surtout, le mardi, Marie-Pierre et son père, ils vont à Monoprix. Ils prennent des choses pour la semaine. De quoi nourrir le père jusqu’au mardi suivant. Ils vont l’un et l’autre dans les rayons. Marie-Pierre porte les courses dans le panier plastique de chez Monoprix. Ils ont leurs petites habitudes. Puis ils font la queue et passent à la caisse. On les connait ici. On les regarde. On regarde Marie-Pierre surtout. Elle est belle, Marie-Pierre. Elle est grande. On ne voit qu’elle. Tous les yeux sont tournés vers elle quand elle fait les courses avec son père, le mardi matin, chez Monoprix. Avant, il y a de ça du temps, Marie-Pierre, son nom c’était Jean-Pierre.